De Fréminville, dans son livre « les Antiquités des Côtes du Nord », en 1837, situait la première fondation en 1220, la Noë Verte aurait appartenu à Aufroi de Goesbriand. Chevalier et capitaine de cinquante lances au service du Duc Pierre de Dreux.
Les documents connus ne confirment pas cette thèse. Par contre, les documents généalogiques font apparaître en 1418, le premier seigneur connu Sylvestre Boisgelin comme propriétaire des lieux.
Vint ensuite, par succession et mariage en 1506 Ă Yves Pinart, sieur de Kerverziou, docteur en droit. C’Ă©tait un des juristes les plus Ă©minents de son Ă©poque, il siĂ©gea au Parlement de Bretagne, rĂ©forma la coutume en 1530 de la province et adjoignit Ă ses fonctions toutes les juridictions de Pordic, Langarzeau, Plouha et Yvias. Ces charges laisseront Ă son fils Roland Pinart une Ă©norme fortune qu’il employa Ă transformer la vieille demeure fĂ©odale en une orgueilleuse construction hĂ©rissĂ©e de tours de gables Ă rosettes et d’Ă©pis historiĂ©s dont le recteur de Lanloup dĂ©crivait alors la magnificence et « l’antique structure». Roland Pinart fut mariĂ© Ă une dame de LizandrĂ©, Catherine Paillard, de Plouha, dont il eut deux filles, l’aĂ®nĂ©e mourut en laissant l’hĂ©ritage Ă sa s?ur cadette mariĂ©e Ă François de Lannion, Seigneur de Gruguil.
De ce mariage naquirent trois fils, mais c’est le troisième fils, Jean de Lannion, Seiqneur des Aubravs ? le peuple l’appelait LezobrĂ© ? qui reçut en partage la NoĂ« Verte. C’est lui qui est entrĂ© dans la lĂ©gende par ses hauts-faits d’armes. Il Ă©tait en 1634 Lieutenant de la MarĂ©chaussĂ©e de Bretagne et Ă©tait chargĂ© de la sĂ©curitĂ© de la rĂ©gion, infestĂ©e de malandrins armĂ©s qui Ă©cumaient le pays. Il dĂ©cima les brigands, reçut une rĂ©compense de la ville de Lannion et fut nommĂ© par Louix XIII Capitaine du ban et d’arrière ban de l’Ă©vĂŞchĂ© de TrĂ©guier; il commandait une compagnie de mousquetaires Ă cheval qui contrĂ´lait la cĂ´te de Port Blanc et de Perros-Guirec. Deux faits lui permirent de passer Ă la postĂ©ritĂ©. ProvoquĂ© par un noble fĂ©lon, il le tua et massacra toute sa troupe. AppelĂ© par le Roi de France Ă jouter avec le grand Maure Sauvage, il commença par se placer sous la protection de Sainte Anne d’Ă‚uray et entama ce combat inĂ©gal avec ingĂ©niositĂ© en aspergeant son rival d’eau bĂ©nite. Profitant du dĂ©sarroi de son adversaire, superstitieux de surcroĂ®t, il le tua en lui refusant le pardon que celui-ci implorait. Déçu par la mort de son nègre favori, le Roi dĂ©pĂ©cha ses courtisans pour tuer LezobrĂ©. Celui-ci ne dut son salut qu’en faisant ferrer ses chevaux Ă l’envers et nĂ©anmoins sur le point d’ĂŞtre repris s’Ă©vada dans le corps d’un cheval mort et s’Ă©criât : «que j’arrive seulement Ă la NoĂ« Verte. J’ai lĂ quatre gros canons, avec l’aide de Dieu, mes deux bras et mon artillerie, je ferai les troupes royales sauter en l’air ».
Revenu Ă la NoĂ« Verte, il vĂ©cut dans une profonde piĂ©tĂ© et la lĂ©gende rappelle que les paysans l’entendaient rĂ©citer son chapelet Ă deux lieux Ă la ronde. Il mourut seul, s’Ă©tant retirĂ© de la vie pour faire pĂ©nitence, couvert d’honneur par Louis XIV, et fut enterrĂ©, comme tous les seigneurs de la NoĂ« Verte, en la Chapelle de Kermaria en Isquit. Longtemps son crâne y fut conservĂ© dans une châsse, sous le regard malicieux de la danse macabre, symbole de l’Ă©galitĂ© des ĂŞtres vivants devant la mort.
Les armoiries de la famille Ă©taient d’azur Ă fasce d’or et portaient cette devise « Dieu y pourvoira », mais la NoĂ« Verte elle-mĂŞme avec ses trois merlettes cerclĂ©es d’une chaĂ®ne d’or avait pour devise « promentem pungo » qui peut se traduire par « qui me provoque je pique ».
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